Chaque début d’année, la même dispute revient sur les réseaux sociaux. D’un côté, ceux qui jurent que cuisiner soi-même coûte toujours moins cher, photo du ticket de caisse à l’appui. De l’autre, ceux qui répondent que plus personne n’a le temps de cuisiner, et qu’une box à 9 euros le repas reste une bonne affaire une fois le temps compté. Les deux camps vendent quelque chose, un livre de recettes ou un abonnement. Aucun des deux ne pose les trois chiffres qui permettraient de trancher pour de vrai : combien coûte réellement un repas préparé à la maison, portion par portion. Combien coûte réellement une box une fois la remise de bienvenue expirée et le prix affiché remplacé par le prix facturé. Et ce que cet écart achète concrètement, au-delà de la nourriture posée dans l’assiette.
Ce que coûte vraiment un repas fait maison
L’Insee a publié en 2025 le chiffre le plus récent sur le sujet : en 2024, les ménages français ont dépensé 187,5 milliards d’euros en produits alimentaires et boissons non alcoolisées, soit 12,3 % de l’ensemble de leur consommation (Insee Première n° 2056, La consommation des ménages en 2024). L’inflation alimentaire a ralenti à 1,3 % sur l’année, après un bond de 12,2 % en 2023 qui a durablement marqué les habitudes d’achat. Ce chiffre reste un agrégat national, courses et boissons confondues, pas un tarif par repas déjà calculé par l’institut. Rapporté à la population française, environ 68 millions d’habitants, et étalé sur 365 jours, il donne une enveloppe théorique d’environ 7,50 euros par personne et par jour, tous repas et boissons de base inclus. C’est un ordre de grandeur national, pas le coût d’un plat précis construit autour d’une vraie base protéique : il mélange aussi bien un yaourt à 20 centimes qu’un rôti du dimanche.
Le calcul qui compte vraiment se fait portion par portion, selon ce qui remplit l’assiette. Sur les prix moyens observés en grande distribution française, une base végétale comme les lentilles, les pois chiches ou les œufs revient à environ 1,20 à 2 euros la portion. Le poulet, la dinde ou le porc se situent plutôt entre 2 et 3,50 euros. Le bœuf haché ou le poisson blanc surgelé montent à 3 ou 4,50 euros. Le poisson frais, les fruits de mer ou une pièce de bœuf plus noble dépassent souvent les 5 euros, jusqu’à 7 euros la portion selon la saison. Un repas complet, légumes et féculents compris, ajoute encore 1 à 2 euros selon qu’on part de produits frais de saison ou de conserves.
Ce budget théorique ne survit presque jamais intact jusqu’à l’assiette. L’Ademe estime le gaspillage alimentaire français à environ 30 kilos par personne et par an, dont près de 7 kilos de produits encore emballés et jamais ouverts, pour un coût évalué à plus de 100 euros par personne et par an. Une partie de ce gaspillage tient à une conservation mal maîtrisée plutôt qu’à un manque de volonté : savoir combien de temps un reste de poulet cuit se garde au réfrigérateur, ou jusqu’à quand un steak haché reste consommable, change directement le montant réellement dépensé (voir notre tableau de conservation des aliments, basé sur les repères recommandés par l’Anses et la DGCCRF). Le fait maison le moins cher sur le papier redevient vite un fait maison moyen une fois qu’on compte ce qui finit à la poubelle.
Ce que coûte vraiment une box ou un service de livraison
Deux familles de services se partagent le marché français, et elles ne coûtent pas la même chose. Les kits à cuisiner livrent les ingrédients pesés avec la recette, la préparation restant à faire. HelloFresh, leader du secteur en France, affiche un barème dégressif selon la taille de la box : jusqu’à 9,75 euros la portion sur le petit format, deux recettes pour deux personnes, et autour de 3,70 à 5 euros sur les plus gros volumes, d’après le barème publié sur hellofresh.fr. Dans un usage courant, RMC et BFMTV chiffraient en mai 2025 la facture réelle à 13 euros le repas pour deux personnes, soit 6,50 euros la portion. Quitoque, positionné sur des ingrédients majoritairement français, revient plus cher : 19 euros le repas pour deux personnes selon la même enquête, soit 9,50 euros la portion, environ 20 % de plus que HelloFresh en moyenne.
L’autre famille, les plats déjà cuisinés à réchauffer, vise le gain de temps maximal : rien à préparer, juste à passer au four ou au micro-ondes. Seazon applique un barème dégressif selon le volume commandé, de 9,97 euros le plat sur la formule à 4 plats par semaine jusqu’à 6,64 euros sur la formule à 14 plats, livraison gratuite et sans engagement. Cheef vise plutôt un public en démarche de perte de poids, avec un suivi diététique inclus, une consultation avec une diététicienne toutes les deux semaines, et un tarif annoncé à partir de 6,90 euros le plat sur sa formule Équilibre. Son programme minceur autonome fonctionne sur une grille tarifaire séparée, environ 83 euros les deux premières semaines puis 17 euros par semaine sur un engagement de dix mois : un chiffre à ne pas confondre avec le prix au plat, les deux formules ne se comparant pas terme à terme.
Le piège, sur ces quatre services comme sur la plupart de leurs concurrents, tient au prix d’appel. Les campagnes publicitaires HelloFresh annoncent régulièrement des remises de bienvenue de 85 à 95 euros sur les premières commandes. Ce prix négocié disparaît au bout de quelques semaines, remplacé par le tarif plein détaillé plus haut. Les frais de livraison, quand ils ne sont pas déjà intégrés au prix de la portion, ajoutent en général quelques euros de plus par semaine. Le prix qui compte n’est jamais celui de la première commande, c’est celui du douzième panier, une fois l’abonnement installé dans la routine du foyer.
Ce que ce supplément paie réellement
Comparer uniquement le prix au kilo ou à la portion revient à ignorer ce que l’écart achète en réalité. Le prix d’une box couvre aussi le trajet jusqu’au magasin, la recherche de recette, la liste de courses et la décision à prendre chaque soir sur ce qu’on va manger. Ces tâches ont un coût réel, même quand elles n’apparaissent sur aucun ticket de caisse. Pour une personne qui travaille en horaires longs ou décalés, qui voyage plusieurs jours par semaine, ou qui gère une contrainte physique rendant les courses ou la station debout en cuisine difficiles, le temps racheté pèse souvent plus lourd que l’écart de quelques euros par portion. C’est aussi le cas pour qui suit des macronutriments précis dans le cadre d’un programme sportif ou d’un suivi diététique comme celui proposé par Cheef : le calcul des portions et de la composition nutritionnelle, fait une fois par le service plutôt que chaque semaine par l’utilisateur, explique une partie du supplément facturé.
Pour un foyer qui dispose de temps mais d’un budget serré, la même logique joue en sens inverse. Chaque euro de supplément payé à un service se traduit en temps qui, de toute façon, existait déjà dans l’emploi du temps. La question ne se limite donc jamais au prix affiché sur la page d’accueil : elle porte sur ce que vaut, pour ce foyer précis, l’heure de préparation évitée chaque semaine.
Le compromis que la plupart des gens choisissent réellement
Dans les faits, peu de foyers restent à l’un des deux extrêmes plus de quelques mois. Le fait maison intégral demande une organisation que peu de semaines de travail chargées permettent de tenir, et un abonnement complet à une box pour tous les repas de la semaine dépasse vite le budget alimentaire de la plupart des ménages français. Ce qui domine en pratique, c’est un partage des tâches : externaliser une ou deux d’entre elles et garder le reste en gestion directe. Les légumes déjà lavés et coupés au rayon frais suppriment une bonne partie du temps de préparation sans changer le prix de fond en comble. Un poulet rôti tout prêt, acheté en sortant du travail, remplace une cuisson longue sans passer par un abonnement. Certains réservent une box de plats prêts à réchauffer pour les deux ou trois soirs de la semaine les plus chargés, mardi et jeudi par exemple, et cuisinent le reste avec une session de préparation groupée le week-end.
Cette dernière approche, le batch cooking, consiste précisément à concentrer la préparation sur un ou deux créneaux plutôt qu’à cuisiner chaque soir. Elle ne demande ni matériel particulier ni expérience préalable, seulement une méthode pour répartir les tâches sur un temps limité (voir notre guide du batch cooking pour débutants pour organiser une première session pas à pas). Combinée à un ou deux raccourcis payants sur les soirs les plus tendus, elle couvre la plupart des repas d’un foyer actif sans faire basculer le budget alimentaire dans la colonne des abonnements.
| Formule | Coût par portion | Temps hebdomadaire | Qui choisit le menu | Profil idéal |
|---|---|---|---|---|
| Fait maison, sans planification | 1,50 à 5 € | 5 à 8 heures | Vous, chaque jour | Foyer disposant de temps disponible en semaine |
| Fait maison, en batch cooking | 1,50 à 5 € | 2 à 3 heures | Vous, une fois par semaine | Foyer organisé cherchant à réduire le temps sans changer le budget |
| Kit à cuisiner (HelloFresh, Quitoque) | 3,70 à 9,75 € | 3 à 5 heures | Le service, parmi une sélection | Personne qui veut découvrir des recettes sans faire les courses |
| Plats prêts à réchauffer (Seazon, Cheef) | 6,64 à 9,97 € | moins de 1 heure | Le service, souvent avec suivi nutritionnel | Emploi du temps très chargé, déplacements fréquents, suivi diététique |
Fourchettes établies à partir des barèmes publiés par les enseignes citées (hellofresh.fr, comparateurs de box repas) et de l’enquête RMC/BFMTV de mai 2025, hors remise de bienvenue et frais de livraison éventuels. Temps hebdomadaire estimé pour deux personnes, courses et préparation comprises.
Questions fréquentes
Le fait maison est-il vraiment moins cher qu’une box repas ?
Dans la majorité des cas, oui, à condition de compter le gaspillage. Un repas fait maison revient en général entre 1,50 et 5 euros la portion selon la base protéique, contre 3,70 à près de 10 euros pour une box, remise de bienvenue exclue. L’écart se resserre quand une part importante des achats finit à la poubelle : l’Ademe évalue le coût du gaspillage alimentaire français à plus de 100 euros par personne et par an.
Une box repas vaut-elle le supplément de prix ?
Cela dépend de ce que ce supplément remplace. Pour un foyer qui travaille en horaires longs, voyage souvent, ou gère une contrainte physique limitant les courses et la station debout en cuisine, le temps racheté justifie souvent le prix. Pour un foyer disposant de temps mais d’un budget serré, le calcul penche presque toujours vers le fait maison, en particulier sur les kits à cuisiner facturés près de 10 euros la portion une fois la remise de bienvenue expirée.
Combien de temps le batch cooking fait-il vraiment gagner ?
Le batch cooking ne réduit pas le temps total de préparation sur une semaine, il le concentre. Au lieu de cuisiner cinq à sept fois, une session de deux à trois heures le week-end couvre la plupart des repas suivants. Le gain se mesure surtout en nombre de décisions à prendre en semaine : la question de ce qu’on mange ce soir est réglée à l’avance, plus au moment de rentrer du travail.
Peut-on faire un mix entre fait maison et box repas ?
C’est l’option que choisissent la plupart des foyers en pratique. Réserver une box de plats prêts à réchauffer pour les deux ou trois soirs les plus chargés de la semaine, et cuisiner le reste en fait maison ou en batch cooking, limite le budget global tout en couvrant les moments où cuisiner devient difficile à tenir.